15 ans d'efforts écologiques dans le sport, vraiment ?

Dans cet article nous nous questionnons sur les progrès réalisés sur les émissions carbone des grands événements sportifs suite à l’annonce de Totthenham sur l’organisation d’un match de championnat zéro carbone. 

L'annonce de Tottenham nous rappelle celle de l'organisateur de la Coupe du Monde de Rugby en France en 2007

Il y a quelques jours, le club de Premier League de football Tottenham Hotspur annonçait organiser le premier match de football professionnel zéro émission de carbone, et ce en marge de la COP26 qui se tiendra dans quelques semaines à Glasgow.

Dubitatifs, nous avons cherché à mieux comprendre les actions mises en œuvre pour arriver à un tel résultat. Sans vouloir spoiler la suite de l’article, Tottenham aura évidemment recourt à de la compensation carbone pour atteindre cet objectif, avec toutefois des efforts louables pour réduire les émissions grâce à des actions ciblées sur les déchets, la consommation de viande, ou encore une incitation forte à prendre les transports en commun. Ce qui nous gêne c’est qu’il n’y a rien de nouveau en réalité, mais que le club surfe une communication à la mode, à la limite du greenwashing. 

Cela nous a d’ailleurs rappelé les annonces des organisateurs de la Coupe du Monde de Rugby en France en 2007, précurseurs de l’engagement écologique dans ce type d’événements, et qui avaient été accompagnés par l’ADEME pour analyser les solutions de réduction de l’empreinte carbone de l’événement. A cette époque, la grande solution consistait à faire pousser des champs de panneaux photovoltaïque sur les stades, et à sensibiliser les spectateurs à la protection de l’environnement... une première étape qui parait certes peu ambitieuse aujourd’hui, mais qui avait le mérite de lancer ce principe de responsabilité environnementale de ce type d’événements, avec malheureusement peu voire aucun progrès en 15 ans.

Qu'est-ce qui a changé en 15 ans ?

Pas grand-chose malheureusement. Les bonnes initiatives de la Coupe du Monde 2007 n’ont pas vraiment évolué depuis. Certes les efforts sont plus importants, avec notamment une volonté de diminuer la consommation de viande sur les événements, et de compenser les événements via des projets de plantation d’arbres, mais les émissions carbones restent sur des niveaux comparables.  

Le problème ce n'est pas le sport en lui-même, mais l'événement et les déplacements générés par celui-ci

Coupes du Monde en tous genres, championnats de football, Formule 1, Euro 2020, Jeux Olympiques… le problème ce n’est pas l’impact du sport en lui-même, mais plutôt celui de l’événement. Et ce même pour la Formule 1 !

En effet, ce sport mécanique, très souvent décrié pour son empreinte carbone, ne génère pas plus de carbone que d’autres. Selon son organisateur, Formula One, les émissions de carbone d’une saison de F1 sont de 256.000 tonnes, soit environ 10 fois moins qu’une Coupe du Monde de football, qui atteint entre 2 millions et 2.8 millions de tonnes de carbone selon la FIFA. Et sur l’ensemble des émissions de carbone d’une saison de Formule 1, seul 0.1% est dû aux voitures qui tournent sur le circuit pendant un week-end (contactez-nous pour le calcul 😊). Tenez-vous bien, l’ensemble des voitures de Formule 1, pour l’ensemble de la saison de Grands Prix, consomment moins qu’un Boeing 777 pour faire un trajet Paris-Pékin (idem nous contacter pour les calculs 😊). Alors quand l’organisateur passe à des moteurs hybrides pour faire de la Formule 1 un sport plus écologique, un petit rictus de rire jaune pointe sur le bout de nos lèvres. Et nous comprenons bien que le problème n’est pas le sport en lui-même.

Le principal impact carbone du sport professionnel - et de très loin - est évidemment lié aux déplacements des spectateurs. Que ce soit pour le match du championnat du dimanche ou les Jeux Olympiques. Et c’est bien là tout le problème car à qui incombe la responsabilité de ces déplacements ? Certainement pas aux clubs ou équipes professionnels, mais sûrement davantage aux organisateurs. 

L’Euro 2020 en est un parfait exemple. Longtemps décriée par des associations écologistes en raison d’un étalement géographique des matchs sur l’ensemble de l’Europe, générant des déplacements outranciers des supporters, la compétition a pourtant émise mois de GES que l’édition précédente selon son organisateur l’UEFA. Mais peut-on en effet se satisfaire d’une amélioration de 5% des émissions de GES quand la maison brûle ? 

 

Une Coupe du Monde génère autant d’émissions de GES qu’une ville de 280.000 habitants (comme Nantes par exemple), pendant une année. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Certainement pas toujours… mais nous nous garderons bien de crier à l’arrêt de ce type de compétitions, dont les enjeux sociétaux et économiques nous dépassent. 

Alors que faire en partant du principe que ces grandes compétitions perdureront ? Le minimum sera de poursuivre dans une gestion « irréprochable » de tous les aspects environnementaux de l’événement avec a minima la volonté de diminuer drastiquement les déchets, d’orienter les participants vers une consommation durable, et de compenser les émissions de carbone. Mais aux vues des efforts réalisés sur ces 15 dernières années, cela ne sera pas suffisant, d’autant plus dans un contexte d’inflation globale de ce type d’événements, et avec la possibilité pour les organisateurs de se donner bonne conscience (et surtout une bonne image), en compensant les émissions de carbone. Chez Metigate nous n’avons pas de solution mais serions ravis d’en débattre. Une première solution pourrait consister à faire porter à un organisateur le véritable coût carbone de son événement, au-delà d’une compensation carbone souvent hasardeuse.